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RUCHES TRONCS

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  ABEILLES NOIRES - POUR EN SAVOIR PLUS
 

Tout le monde a entendu parler des abeilles, mais seuls les apiculteurs  et les scientifiques sont familiers de cette appellation « d'abeille noire » ou plus scientifiquement « Apis mellifera mellifera » (retenez bien mellifera deux fois, le deuxième mellifera précisant la sous-espèce).

Mais qu'a t'elle donc de si particulier, en dehors de la pigmentation plus sombre qui lui a valu son nom commun?

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Parmi les très nombreuses espèces d'insectes, il existe un grand nombre d'espèces d'abeilles (Apis). Et parmi ces espèces Apis, certaines vivent en colonies, certaines élaborent du miel.

Il existe deux espèces d'abeilles qui vivent en colonie dans des cavités en stockant du miel dans des rayons multiples.
Parmi ces 2 espèces «Apis mellifera» a été  domestiquée en Europe. La deuxième espèce domestiquée et vivant à ce jour en Asie, Apis cerana, n'a pas pu être acclimatée. Seul son parasite naturel, Varroa destructor a prospéré chez nous. Mais c'est une autre histoire...

L'abeille noire (Apis mellifera mellifera) fait donc partie de l'espèce Apis mellifera. Elle en est plus précisément une «sous-espèce». Qu'est ce à dire ? Eh bien, les «sous-espèces» sont capables de se reproduire entre elles. Ce qui se produit de façon spontanée aux lisières de leurs zones de répartition. Bien évidemment, comme pour de nombreuses espèces animales, l'homme a utilisé et utilise toujours cette possibilité pour fabriquer, avec plus ou moins de bonheur, une abeille idéale, une «hybride».

Mais pour mieux comprendre cet intérêt que nous portons à «l'abeille noire» il faut revenir à son passé lointain, à sa préhistoire. L'hypothèse scientifique basée sur l'étude de la distribution géographique des espèces actuelles du genre Apis conduit à penser qu'Apis mellifera est originaire d'Asie.

 
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Répartition géographique


Cette abeille ancestrale venue d'orient aurait donné naissance à trois groupements de sous-espèces, ou «lignées»

  1. la lignée africaine (lignée A) inclue tous les types correspondant aux sous-espèces intermissa, major, sahariensis, adansonii, scutellata, littorea, capensis et monticola.
  2. la lignée ouest-méditerranéenne (lignée M) correspond aux colonies de A. mellifera mellifera et Apis mellifera iberica, (très proche génétiquement l'une de l'autre et que l'on confond sous le nom commun d'abeille noire.
  3. la lignée nord-méditerranéenne (lignée C) inclut les sous-espèces caucasica, ligustica, cecropia, macedonica, ou carnica.
Trois grandes nappes, l'une peuplant l'Europe par le nord (lignée M) en passant au nord de la mer Caspienne, de la mer Noire, des Carpates et contournant les Alpes, l'autre longeant le nord de la Méditerranée (lignée C) et la troisième colonisant l'Afrique (lignée A). Cet événement se serait produit entre -300000 et -1300000 ans, soit bien avant la dernière glaciation (-10000 ans). Une fois séparées par la distance ou les obstacles naturels, les trois populations ont ensuite subit les glaciations du quaternaire et divergé progressivement pour donner l'ensemble des races connues aujourd'hui.

La progression vers l'ouest de la lignée C peut être suivie. Les différentes populations s'organisent régulièrement depuis le Caucase jusqu'en Italie: il existe donc une structuration de cette lignée depuis l'Iran jusqu'en Europe.

 
Une telle variation n'existe pas dans la lignée de l'abeille noire. Il faut y voir l'impact des glaciations. Au plus fort des périodes glaciaires les abeilles se sont réfugiées dans le sud de la France et en Espagne pour recoloniser ensuite l'ensemble de l'aire actuelle, qui s'étend jusqu'en Scandinavie.

Cette réduction drastique de l'effectif d'une population se traduit généralement par une perte de diversité, les conditions extrêmes éliminant toute mutation qui ne va pas dans le sens d'une meilleure adaptation. Le rôle des glaciations est moins marqué pour la lignée C qui dispose d'une aire de distribution plus méridionale et orientée est-ouest, alors que l'aire de répartition de la lignée de l'abeille noire est plutôt orientée nord-sud.

Cette dernière glaciation date d'environ 10 000 ans. Et les populations qui peuplent actuellement la région Ouest méditerranéenne sont directement issues des populations qui ont reconquis l'ère de répartition au départ de leur dernier refuge du nord de l'Espagne et du sud de la France.
Malgré cette relative jeunesse des populations actuelles, les abeilles noires se sont adaptées aux différentes conditions environnementales, mettant en place des populations locales qui montrent parfois des adaptations spécifiques à différents milieux.

 
Ainsi l'abeille noire des Cévennes se caractérise par des capacités naturelles de résistance et de sobriété acquises au cours de ces derniers 10.000 ans d'évolution dans ces montagnes.

Ces colonies d'abeilles noires des Cévennes qui ont survécu à l'état sauvage à une phase d'abandon partiel ou total des ruchers de ruches troncs sont les descendantes directes de ces abeilles rescapées de la dernière glaciation.
Elles présentent des capacités de résistance remarquables qui leur permettent d'affronter de façon autonome les rigueurs climatiques de ces piémonts Nord méditerranéens, caractérisés par des hivers rudes, des printemps tardifs suivis d'une courte période de floraison.

Ce qui fait d'elle en quelque sorte une «championne de l'évolution».

 
Notes et sources

*espèce biologique:
ensemble de populations effectivement ou potentiellement interfécondes (interfertiles), génétiquement isolées du point de vue reproductif d'autres ensembles équivalents.

Strange J.P., L. Garnery and W.S. Sheppard (2007) Morphological and molecular characterization of the Lande honey bee (Apis mellifera L.) ecotype for genetic conservation. J. INSECT CONSERVATION 12:527-537

Strange J.P., L. Garnery, W.S. Sheppard (2007) Persistence of the Landes ecotype of Apis mellifera mellifera in southwest France: confirmation of a locally adaptive annual brood cycle trait Apidologie 38: 259-267

Miguel I., M. Iriondo, L. Garnery, W.S. Sheppard and A. Estonba (2007) Gene flow within the M evolutionary lineage of Apis mellifera: role of the Pyrenees, isolation by distance and post glacial re-colonization routes in the Western Europe Apidologie 38: 141-155

Garnery L., P. Franck, E. Baudry, D. Vautrin, J.M. Cornuet, et M. Solignac (1998) Genetic biodiversity of the West european honey bee (Apis mellifera and A.m. iberica) I : Mitochondrial DNA. Gen. Sel. Evol. 30 (1) : 31-47

Garnery L., P. Franck, E. Baudry, D. Vautrin, J.M. Cornuet, et M. Solignac (1998) Genetic biodiversity of the West european honey bee (Apis mellifera and A.m. iberica) II : Microsatellite loci.  Gen. Sel. Evol. 30 (1) : 49-74

Franck P., L. Garnery, M. Solignac and J.-M. Cornuet (1998) The origin of West European subspecies of honeybees (Apis mellifera): new insights from microsatellite and mitochondrial data  Evolution 52: 1119-1134

Garnery L., J.M. Cornuet, and M. Solignac (1992) Evolutionary history of the honeybee (Apis mellifera L.) inferred from mitochondrial DNA analysis. Molecular Ecology.3 : 145-154

Garnery L., D. Vautrin, J.M. Cornuet, M. Solignac (1991) Phylogenetic relationships in the genus Apis inferred from mitochondrial DNA sequence data. Apidologie 22:87-92